Albert de Belgique, Beatriz de Hollande et Don Juan Carlos : les différentes manières de vivre après une abdication


Traditionnellement, lorsqu’un roi est couronné, il acquiert un engagement à vie envers l’institution et le pays qu’il représente. Ce fut le cas jusqu’au 21ème siècle, quand l’âge avancé des monarques a commencé à être un problème de continuité et beaucoup ont choisi d’abdiquer. Etant donné l’absence de précision sur le rôle qu’ils doivent acquérir après avoir renoncé à la Couronne, il convient de revenir sur la vie de ces rois après avoir renoncé au Trône.

Béatrix de Hollande

Le premier de cette génération de monarques qui a décidé d’abandonner la couronne était la reine Beatrix des Pays-Bas après plus de 30 ans de règne. Elle l’a rendu public le 28 janvier 2013 affirmant qu’elle l’avait fait “par la conviction que la responsabilité de la nation doit maintenant tomber entre les mains d’une nouvelle génération“. Il se trouve que cette même année, la reine a eu 75 ans et que le 200e anniversaire de la création du Royaume des Pays-Bas a été commémoré.

La reine Beatrix signe l'acte d'abdication avec Guillermo et Máxima de HolandaLa reine Beatrix signe l’acte d’abdication avec Guillermo et Máxima de Holanda

Après l’investiture de son fils, elle a été officiellement appelée Son Altesse Royale la princesse Beatrix des Pays-Bas et est retournée à l’endroit où elle a vécu pendant ses années en tant qu’héritière du trône : le château de Drakensteyn. Cependant, loin de supposer qu’il s’agit d’un retrait d’elle, elle-même a précisé dans son discours d’adieu qu’elle n’est rien de plus éloigné de la réalité : “La remise du Trône à mon successeur ne signifiera pas un adieu, mais j’espère plutôt pouvoir tous vous revoir très souvent.“.

Plus de cinq ans se sont écoulés depuis lors et la princesse Beatrix reste l’un des atouts les plus importants de la famille royale néerlandaise. En réalité, gagne en popularité son propre fils le roi Guilermo Alejandro, mais pas sa belle-fille la reine Máxima. Sa présence continue d’être très importante sur l’agenda officiel tant en actes qu’en voyages, en plus d’avoir son propre bureau au Palais Royal à côté de celui de son successeur.

Beatrix de Hollande assiste à un cours de cuisine lors de sa visite aux Antilles néerlandaisesBeatrix de Hollande assiste à un cours de cuisine lors de sa visite aux Antilles néerlandaises

L’ancienne reine consacre son existence à la retraite principalement à assister aux anniversaires de fondation, concerts, inaugurations, dîners de gala, réceptions officielles… Par exemple, en mai 2016, il est venu en Espagne pour ouvrir une exposition d’El Bosco au Musée du Prado et plus récemment, en décembre 2018, il s’est rendu ni plus ni moins que les Antilles néerlandaises pour visiter l’île de Bonaire invité par le National Parks Foundation qu’il préside. Bien sûr, tant que sa santé de fer continue sans lui causer de problèmes, il semble que rien ni personne ne pourra arrêter la princesse Beatrice.

Albert de Belgique

Bien que le roi Albert de Belgique ait abdiqué quelques mois seulement après son homologue néerlandais, la vérité est que sa situation avant et après est très différente. Principalement en termes de popularité et de santé : d’une part, Il n’est jamais devenu aussi aimé des Belges que son frère le roi Baudouin et que son fils le roi Felipe.; de l’autre, de nombreux problèmes de santé l’affligent et l’empêchent de jouir d’une « retraite dorée ».

Le roi Albert II de Belgique avec son fils Philippe lors de la cérémonie d'abdicationLe roi Albert II de Belgique avec son fils Philippe lors de la cérémonie d’abdication

L’abdication d’Albert II de Belgique est annoncée le 3 juillet 2013 dans un climat d’instabilité politique croissante auquel, à 80 ans, il ne peut plus faire face. Il l’a lui-même assuré dans son allocution : “Mon âge et ma santé ne me permettent plus d’exercer mes fonctions, alors après 20 ans de règne je pense que le moment est venu de passer le relais à la génération suivante“.

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En 2000, il a dû subir une intervention chirurgicale pour placer quatre pontages et en 2007, il s’est fait implanter une prothèse de hanche après avoir subi une chute. Il a progressivement réduit ses activités, mais ses problèmes ne se sont pas atténués.: En 2011 et 2014, il a dû subir une double intervention chirurgicale pour un cancer de la peau (d’abord sur le nez puis sur la zone du cuir chevelu) et enfin début 2018, il a subi une intervention chirurgicale en raison de problèmes cardiovasculaires.

Le roi Juan Carlos Ier et la reine Sofía saluent Albert II de BelgiqueLe roi Juan Carlos Ier et la reine Sofía saluent Albert II de Belgique

Ainsi, ses dernières années de règne et les suivantes après avoir cédé le Trône ont été très conditionnés par tous ces va-et-vient hospitaliers. Mais comme si cela ne suffisait pas, un autre front ouvert tourmente son existence : la prétendue paternité illégitime de Delphine Boël.

C’est une artiste belge née en 1986 et qui prétend être le résultat de la relation du roi avec sa mère, Baronne Sybille de Selys-Longchamps. Son existence était inconnue jusqu’à la publication en 1999 d’une biographie de la reine Paola dans laquelle les infidélités du couple royal étaient abordées. Toutefois, ce n’est qu’en 2013 qu’il décide de déposer l’action en paternité devant le Tribunal civil de Bruxelles et entamer un processus sans fin dont l’issue n’est pas entrevu et qui dérange sans aucun doute notamment le monarque à la retraite.

Les rois Albert et Paola de Belgique lors du 80e anniversaire de la reineLes rois Albert et Paola de Belgique lors du 80e anniversaire de la reine

Le fait est qu’entre problèmes de santé et procès, la vie d’Alberto de Belgica se passe avec plus de douleur que de gloire et sans pratiquement aucune activité institutionnelle. Elle assiste pratiquement uniquement à des événements familiaux et, très exceptionnellement, à des événements culturels ou accompagne son épouse dans son travail de présidente d’honneur de Missing Children Europe. Bien sûr rien à voir avec la princesse Beatrice mais avec le prochain roi sans couronne…

Roi Juan Carlos

On pourrait dire que Don Juan Carlos est à mi-chemin entre les chemins de vie de ses deux grands amis de la royauté européenne: Au plus fort de son règne, il jouit d’autant de popularité que la princesse Béatrice, mais ses infidélités et ses problèmes de santé ont rendu la dernière étape de sa vie encore plus proche du roi Albert de Belgique. De plus, son activité institutionnelle après son abdication a oscillé entre une présence plus importante que celle des Belges mais bien moindre que celle des Hollandais.

Le roi Juan Carlos lors du message annonçant son abdicationLe roi Juan Carlos lors du message annonçant son abdication

À un moment critique pour la monarchie espagnole, le roi Juan Carlos I a décidé d’abdiquer le 2 juin 2014 à l’âge de 76 ans et après près de quatre décennies de règne. Dans son discours, il n’a fait référence qu’à “une volonté de renouveler, d’améliorer, de corriger les erreurs et d’ouvrir la voie à un avenir résolument meilleur“Cependant, tout le monde savait que derrière sa décision se cachait le discrédit populaire qu’il a subi à la suite de l’accusation d’Iñaki Urdangarin dans l’affaire Noós ou le scandale provoqué par sa chasse au Botswana et la découverte ultérieure de sa liaison extraconjugale avec Corinna zu Sayn -Wittgenstein.

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Il n’assiste pas à la cérémonie de proclamation de son fils le 19 juin de la même année et ce n’est que le prélude à ce qui viendra plus tard, puisque les mois suivants, Don Juan Carlos est plongé dans une profonde crise existentielle: à la perte de pouvoir s’ajoutent la détérioration croissante de son état de santé (notamment en termes de mobilité) et des conflits familiaux de plus en plus croissants.

Le roi Juan Carlos au GP d'Abu Dhabi 2015Le roi Juan Carlos au GP d’Abu Dhabi 2015

Son premier acte officiel en tant que roi émérite a eu lieu en août 2014, lorsqu’il a assisté à l’inauguration en tant que président de Juan Manuel Santos en Colombie. Dès lors, il deviendrait une sorte « d’ambassadeur » de l’Espagne en Amérique latine.assister à davantage d’événements de ce type au Chili, au Guatemala, en République dominicaine, en Uruguay, en Argentine et au Pérou.

Ce n’étaient pas ses seuls voyages, au cours de cette première étape, il s’est consacré à vivre sa passion pour la gastronomie et le sport: On l’a vu manger aussi bien dans un restaurant de luxe que dans les gradins d’une corrida, profiter de la Formule 1 à Abu Dhabi ou à bord de son voilier rénové. Sans aucun doute, une retraite « dans le corps d’un roi », comme l’ont décrit de nombreux analystes.

Les rois Juan Carlos et Sofía à leur arrivée à l'événement pour le 40e anniversaire de la ConstitutionLes rois Juan Carlos et Sofía à leur arrivée à l’événement pour le 40e anniversaire de la Constitution

le temps s’est écoulé, L’attitude auparavant bienveillante de Zarzuela s’est transformée en scepticisme critique et cela s’est traduit par la décision d’imposer un certain contrôle sur l’agenda de Don Juan Carlos. De cette façon, peu à peu sa présence à l’étranger a été réduite et un plan d’image a été établi qui l’a rapproché de plus en plus de la reine Sofía et l’a fait participer à un plus grand nombre d’actes institutionnels. Cependant, malgré tout – juste au moment où il semblait qu’il s’était enfin installé – le père de Felipe VI Il est retourné à ses anciennes habitudes et a montré que les règles ne sont pas faites pour quelqu’un comme lui. Agé de 80 ans, rien ni personne ne peut arrêter ses pulsions.

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Ils n’abdiquent ni ne prennent leur retraite

Comme dans le cas décrit de Béatrice des Pays-Bas, le reste des reines (titulaires ou épouses) de sa génération se démarquer pour continuer à travailler sans relâche même malgré l’abdication de leurs maris respectifs. En fait, ils travaillent plus qu’eux. Un exemple est la reine Paola de Belgique ou la reine Sofía d’Espagne, qui continuent de diriger leurs diverses organisations caritatives et de recevoir des prix pour leur travail dans différents domaines.

La reine Margrethe de Danemark passe en revue la garde royaleLa reine Margrethe de Danemark passe en revue la garde royale

Une mention spéciale mérite les deux seules femmes qui sont actuellement monarques en Europe : Elizabeth II du Royaume-Uni et Margaret II du Danemark. Plus de 90 ans le premier et près de 80 le second, aucun d’entre eux n’envisage même de loin la possibilité de renoncer au trône. Tous deux peuvent se targuer d’avoir une “santé de fer” et de bénéficier de l’affection inestimable de leur peuple, la possibilité de prendre du recul ne fait donc pas partie de leurs objectifs.

oui c’est vrai que dans les deux cas, il y a eu des rumeurs d’abdication, étant plus fortes dans le cas de Marguerite de Danemark. De nombreux experts ont estimé que la confluence de la mort de son mari, le prince Henry, et du 50e anniversaire du prince héritier Frederick au cours des deux dernières années étaient des raisons qui poussaient la reine à envisager de renoncer à la couronne, mais rien ne pouvait être plus éloigné de la réalité. Elle-même l’a précisé à l’occasion de son 75e anniversaire : “J’ai encore beaucoup de travail à faire. Je ne vais pas abdiquer, ni abandonner“.

La reine Elizabeth II à l'ouverture d'un centre commercial à Bracknell, Royaume-UniLa reine Elizabeth II à l’ouverture d’un centre commercial à Bracknell, Royaume-Uni

La raison de sa ténacité est que conçoit la Couronne comme une tâche de toute une vie à laquelle on ne peut renoncer que par la mort. Il arrive la même chose à son homologue britannique : Elizabeth II a déjà vécu l’abdication traumatisante de son oncle Edouard VIII et elle n’est pas disposée à remettre en jeu la monarchie britannique. S’il est vrai qu’après ses 90 ans, elle a commencé à déléguer davantage ses tâches, son rythme de travail est infatigable et tout semble indiquer que le prince Charles devra encore patienter encore quelques années (et il y en a déjà 70).

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